Encadrée par le législateur depuis plus de 10 ans, la télémédecine a eu du mal à se développer réellement en France jusqu’à cette année. Bien entendu depuis le mois de mars, son usage a explosé et celui-ci risque bien d’accélérer de façon fantastique d’autres innovations. Explications. 

Ils s’appellent Doctolib, Qare ou encore MesDocteurs … Ils proposent depuis des années la mise en relation avec des médecins, la prise de rendez-vous mais aussi la téléconsultation (consultation vidéo à distance). Entre septembre 2018 et septembre 2019, l’Assurance Maladie a recensé sur ces plateformes 60 000 téléconsultations pour l’année complète, soit environ 1 100 par semaine. 

Leur fonctionnement est simple et repose sur le même parcours qu’une visite en cabinet. En effet, lorsque vous vous connectez à votre plateforme, on vous invite à passer en “salle d’attente”, à remplir éventuellement un dossier ou prendre des photos de votre blessure par exemple. Lorsque le médecin est disponible, il vous reçoit ainsi dans son cabinet virtuel et télécharge votre dossier. Après la consultation, c’est également dans ce dossier que vous pourrez récupérer votre ordonnance et vous rendre chez votre pharmacien. 

Ce fonctionnement simple et pratique n’avait pourtant pas convaincu les patients inquiets de ne pas voir physiquement les praticiens. 

Une augmentation de 1 000%

Avec cette crise sanitaire et plus précisément le confinement de mars à début mai, ces usages ont fait plus qu’augmenter. Ils ont véritablement explosé, passant en un mois à plus d’1 million d’examens réalisés à distance par semaine

Et la tendance n’est pas prête de s’arrêter. Outre son usage indispensable pendant la limitation de nos déplacements, cette technologie va répondre à des enjeux plus globaux, comme la désertification des zones rurales du corps médical ou encore la durée d’attente pour certaines consultations de spécialistes. 

C’est ainsi que la prochaine étape concernera certainement le développement des cabines de téléconsultation. Entièrement connectées et équipées de matériel médical capable de récolter des données de santé, elles proposent des solutions d’examen à distance avec des indicateurs médicaux. Leurs coûts peuvent  oscille entre 70 000 euros et 150 000 euros. 

Avec le coronavirus, certaines collectivités se sont déjà dotées de cabines comme la mairie de Mennecy dans l’Essonne ou la région Occitanie qui ont mis à disposition ces solutions dès le début de la crise. 

 

telemedecine-telecabineConsult Station® » de H4D (Health for Development)

5G et médecine, un mariage heureux

Pour Stéphane Allaire, responsable du programme 5G chez Bouygues Telecom, “Ces usages ont connu une véritable mise en orbite. Avec l’arrivée de la 5G, ceux-ci vont connaître encore un nouvel essor, permettant grâce à la latence ultra faible (le temps de transmission de l’information est réduit au maximum et le geste se fait en temps réel) de pratiquer ces actes médicaux de façon plus généralisée, notamment pour la problématique urgentiste par exemple. Ces solutions en temps réel vont en effet permettre d’optimiser les prises de décisions dans certaines conditions critiques”.

Et demain, l’expert voit aussi l’opportunité pour la médecine de faire appel à “l’intelligence artificielle et au machine learning pour optimiser l’analyse de données et le diagnostic”. Nul doute que la médecine risque de connaître de nombreux autres développements au bénéfice des soignants mais également des patients qui auront plus de facilité à accéder à des soins rapidement et qui bénéficieront plus facilement de l’accès à certaines spécialités parfois concentrées dans les grandes villes…. 

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Un médecin de Qare témoigne…

Le Dr Jordan Gendre, médecin généraliste, exerce également la téléconsultation depuis 3 ans sur la solution Qare. Il a vu les premiers patients, ou plutôt les “patientes, urbaines, jeunes et connectées” être rejointes, depuis la crise de la Covid, par une patientèle plus âgée et plus rurale… 

Un développement rapide

Pour lui, “il y a deux dates incontournables dans l’exercice de la médecine à distance”. La première est celle du 15 septembre 2018, date à laquelle l’Assurance Maladie a commencé à rembourser ces consultations. La deuxième est évidemment la période de confinement qui a entraîné une désertification des patients au cabinet imposant aux médecins de se lancer dans la consultation par écrans interposés afin de continuer le suivi de leur patientèle, notamment les patients les plus fragiles. »

Vers une généralisation des pratiques

Pour le Dr Gendre, “ce mode de télémédecine va s’intégrer à la pratique de tous les médecins, tant elle est particulièrement adaptée aux rendez-vous de suivi par exemple, ou encore à certaines spécialités comme la psychiatrie, l’addictologie ou la nutrition”. 

“Elle s’intègre également parfaitement dans l’éducation thérapeutique, avec les enfants notamment”. Pour les spécialités qui semblent moins adaptées comme la gynécologie ou la kinésithérapie, “elle peut malgré tout assurer un suivi entre deux rendez-vous physiques” 

Un temps de consultation plus qualitatif

Enfin, il constate un bénéfice concernant la “qualité du temps médical”. En effet, les phases d’accueil, administratives, de préparation, de rhabillage,  sortent du temps donné à la consultation et permettent de concentrer les 20 minutes dédiées à un vrai temps clinique.

Dans notre prochaine épisode, découvrez comment la cybersécurité doit être repensée pour répondre aux enjeux d’aujourd’hui…

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